L’Institut Togolais de Recherche Agronomique (ITRA) confirme son rôle de leader de l’innovation agricole au Togo à travers des avancées majeures dans l’amélioration variétale de l’igname, culture stratégique pour la sécurité alimentaire, les revenus des producteurs et la valorisation des produits locaux.
Avec une collection nationale de près de 300 accessions d’ignames, issue des missions de prospection et de collecte réalisées en collaboration avec le CORAF, les chercheurs disposent aujourd’hui d’une base génétique exceptionnelle pour développer des variétés adaptées aux conditions climatiques du Togo, aux exigences des producteurs et aux préférences des consommateurs et des transformateurs.
Du 10 au 14 février 2026, la ferme semencière de l’ITRA à Sotouboua a organisé une session d’évaluation sensorielle de l’igname bouillie et de l’igname pilée (foufou).
L’évaluation a été faite par un jury d’une dizaine d’acteurs composé de producteurs, de transformatrices, de consommateurs, de vulgarisateurs et de chercheurs. Chacun a apprécié la qualité de l’igname bouillie et de l’igname pilée (foufou) en tenant compte de critères comme l’élasticité, la malléabilité, la fermeté, l’aspect collant, la couleur, l’arôme et le goût.

« A partir des données recueillies, nous serons mieux situés sur ce que chaque acteur veut. Au niveau de la recherche, cela nous permettra de diriger nos activités de sorte que les variétés que nous allons sortir très prochainement soient adoptées par l’ensemble des acteurs pour le bonheur de la filière igname », informe KINGLO Sèwanou Elom, chercheur au Programme National Igname et Pomme de Terre à l’ITRA.
Impliqués pour la première fois dans ce type d’exercice, les participants ont été agréablement surpris par la richesse du patrimoine génétique de l’igname dont dispose le Togo. À l’unanimité, ils félicitent l’ITRA et ses partenaires notamment le CORAF pour la prospection et la collecte de toutes ces accessions réparties en six (06) différentes espèces alimentaires auprès des agricultrices et agriculteurs dans leurs milieux endogènes.
« Je produis les ignames depuis 2016. Mais au cours de cette activité, j’ai constaté qu’il y a plusieurs types d’ignames que je ne connaissais pas. Je remercie l’ITRA pour nous avoir associé à leur recherche », confie ANAHOU Anibodom.
« Tout d’abord je remercie l’ITRA pour les efforts qu’ils sont en train de fournir pour améliorer la culture de l’igname. Je les exhorte à faire plus pour qu’on puisse avoir des ignames qui ont plus de qualité dans notre région », exprime Mme ASSIH Wédi, restauratrice basée à Sotouboua.
Le coup accélérateur venu du CIRAD
Cumulativement aux données sensorielles, des données spectrales ont été collectées grâce à une Spectroscopie Proche Infra-Rouge (SPIR). Pour ces travaux, le Centre de Coopération Internationale en Recherche Agronomique pour le Développement (CIRAD) a déployé non seulement l’équipement mais aussi deux (02) experts pour la collecte de ces données spectrales.
L’objectif étant de développer des modèles mathématiques qui permettent de déceler au plutôt les hybrides qui ont de meilleurs potentiels en termes de rendement et d’aptitude à faire du bon foufou ou de la bonne igname bouillie et d’aboutir au plus vite à de nouvelles variétés d’ignames acceptées par tous.

« Chez l’igname il y a trois gros traits que nous essayons de modéliser. Nous avons le rendement, la qualité culinaire sous forme bouillie ou foufou et la résistance aux maladies au champ. L’idée c’est d’utiliser la spectroscopie pour développer pour chaque trait, des modèles que nous allons pouvoir utiliser très tôt dans le cycle pour identifier des hybrides qui ont un intérêt et de se focaliser pour pouvoir caractériser ceux qui ont un potentiel par rapport aux parents », explique DOSSA Komivi, chercheur généticien au CIRAD.
L’ambition affichée par le CIRAD c’est d’accompagner l’ITRA à utiliser les outils moléculaires et de phénotypage à haut débit pour optimiser la sélection des hybrides et créer de nouvelles variétés qui vont mieux répondre aux attentes des différents utilisateurs.
Les acteurs encouragent donc l’ITRA à intensifier son partenariat avec le CIRAD pour développer au plus vite, des variétés améliorées qui tiennent compte des conditions climatiques locales, de la résistance aux bioagresseurs et à la sécheresse et des préférences des consommateurs pour ce qui concerne l’élasticité, la fermeté, l’aspect collant, l’arôme et le goût inhérente à la variété laboco, la plus prisé au Togo.